La religion a toujours eu un énorme impact sur l’image de l’Homme. Cette influence s’étend de l’apparition même de l’Homme jusqu’à nos jours. Dans la plupart des religions, c’était la théorie de la création qui primait, Dieu a créé l’homme et l’univers, et pendant très longtemps il était assez dangereux de contester cela ou de trouver une autre origine à l’apparition de l’Homme sur terre.
Darwin a fait les frais de cette influence à son époque et a créé une polémique au milieu du 19ème siècle avec sa théorie de l’évolution et le principe de sélection naturelle. En 1950 encore le pape Pie XII réfutait cette théorie de l’origine de l’homme et selon lui : « La série des textes de l’Écriture a le pas sur le système scientifique… C’est la science qui doit se conformer à la Révélation, et non l’inverse » [1]
Les théories de Darwin ont finalement été acceptées en 1966 par Jean-Paul II pour qui cette théorie est « plus qu’une hypothèse ». Mais aujourd’hui encore il existe de nombreux opposants à cette théorie. La religion a une énorme influence et c’est elle qui, avant la science, a définit l’Homme. Aujourd’hui sa position face au transhumanisme est aussi dure que face aux théories darwiniennes, notamment chez les catholiques où la plupart sont hostiles vis-à-vis de cela. En effet dans cette religion « L’Homme est à l’image de Dieu » et donc vouloir améliorer l’Homme c’est vouloir améliorer Dieu ce qui est impensable. C’est donc toute l’anthropologie catholique qui est remise en cause.
Toutes les religions ne voient pas d’un bon œil ce courant transhumaniste dans lequel l’homme prend la place de Dieu. Mais celle qui lance les plus grandes critiques à ce sujet c’est le catholicisme. Étant la religion la plus présente dans les pays occidentaux qui sont aussi ceux les plus avancés technologiquement et où les questions autour du transhumanisme se posent, c’est elle qui a le discours le plus virulent et contestataire sur ce sujet.
La CTI
Selon la Commission théologique internationale (CTI), datée de 2004 :
« Le recours à la modification génétique pour produire un surhomme ou un être doté de facultés spirituelles essentiellement nouvelles est impensable, puisque le principe de la vie spirituelle de l’homme […] n’est pas produit par des mains humaines »
Cette commission a publié en 2004 : « Communion et service : la personne humaine créée à l’image de Dieu ». Dans ce texte les paragraphes 81 à 94 traitent de la bioéthique et de l’homme modifié. [2]
En voici les grandes lignes :
Les nouvelles technologies permettront bientôt une modification du corps humain, et modifier ses facultés c’est disposer de son corps comme un moyen pour atteindre un but.
Or il n’y a que les objets que l’on peut utiliser comme un moyen pour atteindre une fin, la seule raison pour laquelle on peut disposer de notre corps c’est pour préserver la vie. Dans le cas de l’amputation ou du retrait d’organe on sacrifie parfois des fonctions inférieures afin de permettre un meilleur fonctionnement de la personne. C’est ce qu’on appelle le principe de totalité et d’intégrité.
Les membres et les organes sont interdépendants, forment un tout et le sacrifice n’est autorisé que pour sauver la vie car sans elle tout expire. Ainsi selon le principe de totalité une intervention sur le corps humain n’est possible que si :
- La vie est menacée
- C’est le seul moyen que l’on a pour préserver la vie
- Les chances de succès sont proportionnées aux dommages qui peuvent être causés (éviter les opérations à faible chance de réussite pouvant avoir de graves conséquences)
- Il faut le consentement du patient
Il arrive parfois que le principe de totalité soit mal interprété et certains individus ont tenté de hiérarchiser les valeurs du corps sacrifiant ainsi leur fonction reproductive pour améliorer les relations avec autrui par exemple.
Le clonage est défini comme une violation de l’identité de la personne. Tous les êtres humains sont différents et différentiables par leur génome. Cette unicité est voulue par Dieu il ne faut pas aller à son encontre. De même pour la modification génétique, l’homme se place en Co-créateur et se donne le droit de disposer de sa propre nature biologique, or la création d’être infrahumain est immorale. De plus la modification des facultés spirituelles est impensable car la vie spirituelle n’est en aucun cas produite par les mains humaines, nous n’avons aucun droit dessus. Ces modifications ont parfois lieu sur des nouveaux-nés auxquels on impose des choix, ils n’ont jamais pris part aux discussions aboutissant à ces choix et c’est une violation de leur liberté.
La thérapie génétique en revanche est acceptée car elle permet de soigner et donc d’améliorer l’expression de la personne et son bien-être, tant que le principe de proportionnalité est respecté (les chances de réussite justifient les dommages pouvant être occasionnés).
L’homme est à l’image de Dieu mais il n’est pas Dieu.
En résumé
Dans la bible on trouve bien des termes d’homme nouveau et d’amélioration de l’homme, mais ces termes ne visent que des qualités ou des passions comme l’altruisme ou l’amour, choses auxquelles la technologie ne touche pas encore directement.
Il y a eu 2 étapes dans la religion : le polythéisme puis le monothéisme. Le transhumanisme pourrait amener un troisième âge de la religion : l’Homme-Dieu… [4][5]. L’homme sera doté de pouvoir grâce aux NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives). Cette image de l’homme tout-puissant et immortel semble se rapprocher.
La religion aide à supporter la mort, le transhumanisme va chercher à la supprimer. Dans sa conférence de 1972, Jacques Lacan expliquait pourquoi la mort nous aide à vivre et pourquoi la vie serait terrifiante si elle était sans fin.
Nous avons vu jusque là différentes technologies transhumaines ainsi que différents acteurs de la controverse sur le transhumanisme. Chaque domaine a apporté sa pierre à la construction et la clarification du débat sur cette dernière. Jetons alors un regard global sur notre société et voyons à quel point elle serait impacté par le transhumanisme.
Sources
[1] Wikipédia, Position de la religion vis à vis de la théorie de l’évolution, 2019, https://fr.wikipedia.org/wiki/Position_de_l%27%C3%89glise_catholique_sur_la_th%C3%A9orie_de_l%27%C3%A9volution
[2] Vatican, Communiqué, 2019, http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/cti_documents/rc_con_cfaith_doc_20040723_communion-stewardship_fr.html
[3] Le Monde, Le transhumanisme une religion 3.0, 2019, https://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/11/02/la-religion-3-0_4801497_1650684.html
[4] H+, Une interprétation chrétienne du transhumanisme, 2019, https://transhumanistes.com/une-interpretation-chretienne-du-transhumanisme/

