Origines & premières théories eugénistes
La notion d’eugénisme puise ses racines au XIXe siècle et se rapproche étroitement de la notion de transhumanisme, en ce sens que son but premier est d’améliorer l’homme, là où le transhumanisme cherche à l’augmenter. Ces deux termes sont proches mais une différence existe. Le fondateur historique de l’eugénisme, Francis Galton, a été le premier à lier la théorie de la sélection naturelle avec les mathématiques, avec le but de sélectionner de manière systématique et scientifique l’élite du Royaume-Uni. Une des théories qui défend l’eugénisme s’appuie sur l’idée que l’évolution technologique, hygiénique, scientifique a permis à l’homme d’échapper à la sélection naturelle qui ne tient donc plus son rôle d’ « épuratrice » et qu’il faut alors procéder à une épuration génétique pour éviter la propagation de tares dans la société.
Forme positive & forme négative
Toutefois l’eugénisme ne doit pas être toujours associé à des idées racistes ou aux exactions nazies. En effet, certaines figures importantes comme le scientifique Jean Rostand au XXe siècle se disent partisanes de l’eugénisme dans sa forme « positive ». On peut distinguer deux formes d’eugénisme, l’eugénisme positif et l’eugénisme négatif. Dans le cas du premier, il s’agit de favoriser la reproduction des individus aux meilleures aptitudes, qui ont un potentiel génétique considéré comme le meilleur. Dans le cas de l’eugénisme négatif, il est plutôt question d’éliminer les gènes vus comme les « moins bons » au sein de la population afin d’améliorer l’être humain, via la stérilisation ou la restriction du mariage par exemple.
Dérives et excès (Nazisme)
La dérive la plus extrême des pratiques eugéniques prend forme dans le nazisme, où elle est très largement et souvent associée à du racisme. Le régime nazi s’appuie principalement sur sa loi de juillet 1933 qui prévoit la stérilisation pour empêcher la propagation de maladies héréditaires (épilepsie, surdité, cécité…) mais aussi l’alcoolisme, le handicap mental… L’euthanasie des enfants handicapés, la proscription ou l’obligation d’avortement selon la probabilité de maladie de la descendance faisaient également partie de ce programme eugénique national. Le point le plus extrême se concrétise dans le Lebensborn, institution gérée par la SS qui avait pour but de préserver la race aryenne, et qui était une sorte d’usine à bébés d’ « élite » conçus par des femmes aryennes et des soldats SS anonymes. Il s’opérait ici une sélection des parents avant la naissance afin d’avoir le « meilleur » bébé aux standards de l’idéologie nazie. C’est ici une forme d’eugénisme positif, une sorte de reproduction sociale forcée dans le but d’améliorer la population.
On constate toutefois dans le nazisme la pire forme d’eugénisme négatif, qui va jusqu’à l’extermination de populations sous prétexte de l’éradication de la maladie. On est alors confronté à une problématique majeure de l’eugénisme, qui concerne la décision prise en aval selon ce qui est mieux pour l’homme ou non. Ce que le nazisme considérait comme le meilleur de la société n’est clairement pas ce que la société aujourd’hui considère comme le meilleur. Le temps, la culture, la religion (entre autres) sont autant de concepts qui altèrent la conception du mieux, on fait face alors à un problème éthique d’envergure internationale et intemporelle. Prenons l’exemple temporel de l’évolution de la société : il est difficile d’anticiper l’étendue des évolutions technologiques, on peut alors se retrouver à « améliorer » des humains à la naissance qui se retrouveront « obsolètes » dans leur société (l’évolution des métiers et des capacités des ordinateurs par exemple rend incertaines les aptitudes considérées comme les meilleures à l’avenir).
Lien avec le transhumanisme
On peut, à partir des différents exemples et définitions de l’histoire, créer plusieurs liens entre l’eugénisme et le transhumanisme. Tout d’abord, on observe ici deux formes d’amélioration de l’homme par l’homme, concept qui est envisageable depuis que l’homme se considère comme un sujet (cf Descartes) et non plus comme une création de Dieu et qu’il peut alors se modifier lui-même. De plus, ces deux formes de modification portent en elles-mêmes la notion de compétitivité. Le mouvement eugéniste prend ses racines dans les théories de l’évolution et a donc pour but de créer des humains qui seront plus aptes à résister à la nature, à se procurer les ressources vitales de base et les partenaires qui permettront la reproduction. Le transhumanisme, même s’il prétend gommer les inégalités, vise à créer des hommes plus compétitifs. L’humain augmenté, au moins avant la généralisation du transhumanisme, est un humain meilleur que les autres, et donc plus compétitif. Néanmoins ces deux formes se distinguent dans les moyens utilisés pour parvenir au résultat : là où l’eugénisme se limite à la modification génétique, le transhumanisme dispose de multiples moyens d’action (nanotechnologies, biologie, informatique…).
L’eugénisme aujourd’hui
Loin des dérives totalitaires du temps de la Seconde Guerre Mondiale l’eugénisme est tout de même présent dans notre société, sous des formes plus ou moins légères. La possibilité d’avorter d’un enfant trisomique par exemple est une forme de sélection à la naissance. Toutefois la société n’est pas totalement prête à accepter toutes les formes d’eugénisme, qui peuvent paraître agressives pour les personnes concernées (victimes de handicap), mais également pour ceux qui vivent car ils n’étaient pas trisomiques par exemple. Ces derniers peuvent alors considérer que leur vie ne tient qu’à ça. Les évolutions technologiques et l’avenir de l’eugénisme doivent d’abord être soumis à un examen moral approfondi de la société avant d’être parfaitement acceptés. Pour l’instant les lois que nous avons vu précédemment nous empêche de le pratiquer dans des formes trop sévères. On peut cependant envisager deux avenirs possibles pour l’eugénisme : soit, en considérant que l’histoire a suffisamment prouvé les dangers de telles pratiques, un dégoût de l’eugénisme qui aboutirait à un arrêt total de celui-ci, soit justement en considérant que l’histoire nous a appris les limites de cette technique, une prise de conscience de la nécessité d’un encadrement moral fort pour développer un eugénisme utile et bénéfique à la société.
Une vidéo résumant les potentiels impacts de l’eugénisme dans notre société.
Sources
Wikipédia, eugénisme, 2020, https://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A9nisme
Entretien de Danielle Moyse et Olivier Rey pour genethique, 2020, http://www.genethique.org/fr/le-transhumanisme-ce-nouvel-eugenisme-entretien-croise-entre-deux-philosophes-danielle-moyse-et-0#.Xh31uCPjI2w

