Une définition :
Pour parler du transhumanisme il est tout d’abord nécessaire de définir ce terme. Rien de mieux pour cela que celle que nous donne Max More, un des fondateurs de ce mouvement, qui dès 1990 a écrit un essai intitulé Transhumanism toward a features philosophy (Transhumanisme vers une caractéristique de la philosophie). Selon lui on peut définir le transhumanisme de la manière suivante :
« Transhumanism is a class of philosophies of life that seek the continuation and acceleration of the evolution of intelligent life beyond its currently human form and human limitations by means of science and technology, guided by life-promoting principles and values. »
Max More
(En français : « Le transhumanisme est une classe des philosophies de la vie qui cherche l’accélération et la continuité de l’évolution de la vie intelligente au-delà de sa forme humaine actuelle et ses limitations par les moyens de la science et de technologies, guidée par les valeurs et les principes porteurs de la vie » )
Les transhumanistes sont donc un groupe de personnes cherchant à analyser les technologies actuelles et futures (voir même cherchant à en développer) afin d’en discerner le potentiel dans l’amélioration de la condition humaine ainsi que le repoussement des limites qu’elle impose. [1]
Un historique
Ce mouvement a vu le jour dans les années 1980 après que des futurologues américains ont commencé à émettre l’hypothèse de l’émergence d’un surhomme grâce aux nouvelles technologies. Il a ensuite pris beaucoup d’ampleur notamment grâce à des philosophes des années 90 cherchant à comprendre l’essence du transhumanisme ainsi que son impulsion (notamment Max More cité ci-dessus). Dans les années 2000 le transhumanisme ou du moins les valeurs portées par ce mouvement ont commencé à susciter l’intérêt de pratiquement toutes les sphères de notre société. Aujourd’hui de nombreux courants au sein même du transhumanisme prolifèrent adoptant chacun une vision de l’évolution des technologies de notre société et l’usage souhaitable à en tirer. Le plus célèbre de ces courants est le singularitarianisme fondé sur le souhait qu’une technologie prenne le pas sur toutes les autres afin d’assurer une convergence de l’espèce humaine vers une évolution commune. Ce courant est porté par Raymond Kurzweil, responsable de l’ingénierie chez Google. Selon lui l’émergence d’une intelligence artificielle égalant l’homme devrait apparaître d’ici 2029, c’est ce que l’on nomme « singularité technologique ». Elle serait censée apporter un renouveau dans la vision du monde et trouver des solutions aux problèmes face auxquels l’Homme aurait échoué. Cependant cela crée une problématique d’obsolescence de l’homme et de tout ce qui le constitue et ceci est en contradiction avec toutes les valeurs portées par les transhumanistes. Ainsi pour eux une fusion entre l’homme et cette singularité est nécessaire afin que nous n’ayons pas à pâlir face à la puissance de calcul de cette dernière. Raymond Kurzweil extrapole la finalisation du post-humain dans les alentours de 2045, i.e. la fusion parfaite mentionnée précédemment et la création d’une supraconscience commune à tous. [2][3][4]
Pourquoi ? – Le Transhumain
Nous pouvons nous interroger sur l’origine d’une telle soif d’évolution et de surpassement de notre condition. Pourquoi avons-nous ce penchant pour la perfection et surtout pourquoi nous pensons nous perfectible ?
La première chose que nous pouvons nous demander est si cet idéal de la perfection est apparu en même temps que le mouvement transhumaniste ou s’il lui est antérieur. Il se trouve que par l’analyse des mythes de notre histoire on remarque que les valeurs transhumanistes étaient déjà bien présentes dès l’Antiquité. En effet les mythes grecs faisant l’apologie des demi-dieux et de leurs caractéristiques surhumaines ne sont pas sans rappeler les aspirations transhumanistes énoncées précédemment. Le plus vieux mythe de l’humanité qui est celui du roi Gilgamesh fait également mention d’une quête vers l’immortalité, Saint-Graal des transhumanistes de notre temps. On en conclut donc que ces aspirations ont toujours été présentes dans notre société et quelle que soit l’époque.
Ce constat nous pousse vers les travaux de mémoire de Master 1 de Clément Peltier aujourd’hui psychologue clinicien que nous avons pu interviewer. Dans son mémoire il fait mention d’un terme pour qualifier l’espèce humaine qui est la néoténie. Ce terme recouvre un constat de fait. L’homme, par rapport à d’autres créatures dans la nature, est désarmé. On retrouve d’ailleurs des tentatives d’explication dans la mythologie, notamment avec le mythe de Prométhée et d’Epiméthée, car ce constat, bien que n’étant pas affilié au terme « néoténie », a déjà été fait par nos ancêtres. [4]
(Pour approfondir la signification de la néoténie : https://www.cairn.info/revue-les-sciences-de-l-education-pour-l-ere-nouvelle-2011-3-page-77.htm )
Du point de vue de la psychologie la néoténie sert tant à décrire cet état de fait que l’état de détresse dans lequel se trouve le nourrisson à la naissance, c’est-à-dire son inadaptation à son milieu naturel. Ce terme nous montre donc que nous sommes dans un état de manque fondamental et c’est ce qui va activer notre psychisme. Kant explique que c’est ce qui va mettre en route notre intellect. Cet intellect va nous servir à nous sortir de notre condition et on revient aux valeurs de base du transhumanisme qui sont de transcender la condition humaine. Jacques Lacan, dans le domaine de la psychologie, nous dit que ce qui fait l’homme c’est avant tout un travail. Ce travail est le travail d’humanisation. Finalement le transhumain est un individu poussant ce travail à l’extrême afin de transcender sa condition, c’est ce qui fait le « trans » dans « transhumain ». L’extrémité du transhumain vient principalement d’une honte face à son caractère néotène et d’un refus de ce dernier. Comme les mécanismes de l’évolution définis par Darwin sont aléatoires et ne s’observent pas à l’échelle d’une vie humaine, le transhumain est prêt à employer des moyens technologiques pour forcer ces derniers. Il cherche à créer de nouveaux mécanismes d’évolution par lui-même et pour lui-même. [4]
Le réveil
Nous avons montré tout à l’heure que les valeurs du transhumanisme étaient déjà présentes avant la naissance de ce mouvement dans les années 80. Il est judicieux alors de se demander pourquoi ce sujet fait tant débat aujourd’hui. La principale différence entre aujourd’hui et les époques qui nous ont précédé est évidemment notre niveau de développement. Là où les surhommes n’étaient que fantasmés dans la mythologie via de nombreux contes et nécessairement créés par l’intervention des Dieux, nous sommes à présent extrêmement proches de parvenir à les créer via nos outils. En effet nous n’avons pas encore les moyens à proprement parler d’outrepasser les mécanismes de l’évolution. Cependant les découvertes techniques récentes nous ont permis d’entrouvrir une porte vers des possibilités infinies. Récemment, le séquençage du génome humain nous offre des opportunités immenses sur la modification de notre nature. Nous savons désormais que la possibilité de changer les gènes que nous considérons comme « gênants » n’est qu’une question de temps. On peut ajouter à cela le fait que nos processeurs doublent de puissance tous les ans (Loi de Moore) et qui permet de prévoir l’émergence de la « singularité » dans le domaine des IA. Enfin on peut aussi parler du domaine de la santé avec le développement des nanotechnologies. Vous l’aurez compris chaque domaine a eu son lot d’avancées majeures ces dernières années. Ainsi la concrétisation de la vision transhumaniste s’en retrouve à chaque fois plus réaliste et s’éloigne de la futurologie. Cette concrétisation ouvre un débat sur la voie à prendre dans les années qui viennent, que ce soit au sein même du mouvement transhumaniste ou l’ensemble des acteurs qui constituent nos sociétés.
Nos découvertes bousculent nos systèmes de valeurs et ouvrent des perspectives sur des prouesses techniques au-delà des réflexions éthiques que nous avons réalisées jusque-là. D’où notre problématique de la limite à l’intervention technique dans le corps humain.
Voici une vidéo de Max More présentant le mouvement singularitarianiste si vous voulez en savoir plus sur ce mouvement !
Sources
[1] Humanity+, ONG à but non lucratif ayant pour but d’étendre les capacités humaines, 2019, https://humanityplus.org/philosophy/philosophy-2/
[2] Wikipédia, le transhumanisme, 2019, https://fr.wikipedia.org/wiki/Transhumanisme
[3] Wikipédia, Raymond Kurzweil, 2019, https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Kurzweil
[4] Le Transhumanisme, une idéologie psychosée, 2017, Clément Peltier, Mémoire de Master 1 à l’université de Rennes 2.

